40 questions à une entrepreneure : conseils pour lancer et gérer son business

J’avais déjà rédigé un article sur ma reconversion, et un autre sur mon quotidien de décoratrice, mais je reçois régulièrement des questions sur mon expérience en tant qu’entrepreneure. Loin d’être une experte, je vous partage donc ici les réponses aux questions que vous m’avez posées.

On y va ?

Les débuts

Quel est ton parcours scolaire ? Quelles études as-tu faites ?
Réponse dans cet article sur ma formation et ma reconversion.

Comment t’es-tu décidé à te lancer ?
Je vous raconte dans cet article comment je me suis passionnée de décoration et j’ai réalisé que si je le voulais, je pouvais créer le job de mes rêves.

À quel moment t’es-tu lancée ?
Je n’ai pas tout quitté du jour au lendemain pour démarrer de zéro. Au cours de ma dernière année de formation, j’ai commencé à avoir quelques clients. Je suis ensuite passée d’un job à temps plein dans la pub (mon domaine initial) à un mi-temps auprès d’un entrepreneur dans le bâtiment (pour me rapprocher de ma passion), puis j’ai démissionné pour me consacrer entièrement à mon entreprise.

As-tu commencé sans activité ou en même temps qu’un autre travail ?
J’ai donc eu un peu de tout : pendant mes débuts, j’ai combiné mes projets déco avec ma formation, une période de chômage, et un emploi de salariée.

Quel statut as-tu ?
Je suis indépendante en personne physique, autrement dit chef d’entreprise, auto-entrepreneur, entrepreneur, freelance : une personne seule qui lance son propre business, sans s’associer et sans créer de société.
Pour mes premiers contrats je passais par la Smart, une sorte de bureau d’intérim pour freelances. Après 8 mois je suis passée indépendante à titre complémentaire (en parallèle de mon mi-temps), puis à titre principal quand j’ai démissionné quelques mois plus tard.

Comment as-tu fait pour créer ton statut d’indépendant ?
C’est potentiellement différent d’un pays à l’autre, mais ici (en Belgique, pour ceux qui ne suivent pas), il suffit de s’inscrire à un guichet d’entreprise : on reçoit son numéro de TVA, on signe tout un tas de papiers pour déclarer officiellement son activité, on s’inscrit auprès d’un secrétariat social, et on paie environ 80€ pour cette inscription. Il faut aussi répondre aux conditions (en Belgique : être majeur, avoir le diplôme requis  selon son activité (certaines professions sont réglementées), avoir un diplôme de gestion, et un compte en banque à son nom).

Quel secrétariat social as-tu choisi ? En es-tu contente ?
Je suis chez Securex, j’en suis contente sans plus : la prestation est assez standard, et le peu de contacts que j’ai eu avec eux n’était pas des plus agréables, mais ils font leur job (et je fais le mien 🙂 ).

Faut-il un gros budget pour commencer ? Est-ce que tu avais un capital de départ ?
En tant qu’indépendant en personne physique, on ne doit pas disposer d’un capital de départ (contrairement à une société). Je me suis donc lancée avec 0€ sur mon compte en banque.
Par contre, ça demande quelques petits investissements de départ. Dans mon cas: les 80€ de l’inscription au guichet d’entreprise, un écran à 400€ pour pouvoir travailler correctement, et une centaine d’euros pour m’aménager un bureau. J’avais déjà un ordinateur portable et les licences des logiciels, et mon site web existait déjà mais ce sont également des coûts à prévoir en fonction de l’activité.

Est-ce que tu as fait un business plan avant de te lancer ?
Absolument pas. Je n’en ai pas ressenti le besoin : je me suis lancée, advienne que pourra ! Par contre je me fixe des objectifs annuels et j’analyse régulièrement mon évolution pour m’améliorer et optimiser mon travail. C’est une sorte de business plan évolutif !

Comment s’est passée la transition employée-indépendante ?
Je redoutais pas mal de choses : ne plus avoir de collègues, travailler de chez moi, devoir m’imposer un rythme de travail, rester motivée quand on n’a pas de patron pour nous botter les fesses, avoir peur chaque mois de ne pas avoir assez de salaire,…
La transition s’est finalement faite très naturellement : quand j’ai commencé en tant qu’indépendante complémentaire, j’ai vite pris goût à être mon propre patron. Aujourd’hui, je savoure ces avantages : le confort de travailler de chez soi (pas de trafic sur le chemin du boulot), j’adopte le rythme qui me convient, je le module en fonction des imprévus (un lunch entre amies, un séjour à Paris où je travaille du coup à distance, une course à faire au milieu de la journée, un mardi de congé quand je n’ai pas la motivation et un dimanche derrière l’ordi quand ma créativité est au taquet,…), voir ses revenus refléter le travail et l’énergie fournis ces dernières semaines,…
Bien sûr, il y a des inconvénients comme dans tout : la difficulté de mettre une limite entre vie pro et vie perso, savoir s’arrêter (après 60h de travail du lundi au vendredi, quand on est passionné on est tenté de travailler encore quelques heures le week-end…), le manque des collègues pour la pause café (par contre, ça ne me manque pas de travailler avec quelqu’un, j’aime bien mon autonomie et cette liberté !), l’impossibilité d’être malade (la vidéo-conférence quand on a la grippe, je vous assure, ce n’est pas chouette… mais pas de collègue pour nous remplacer, et si on veut manger à la fin du mois, compliqué de prendre un congé maladie !),… Et bien sûr le petit stress permanent de parvenir à boucler sa fin de mois, car pas de salaire garanti.
Le tout est de trouver le statut qui nous correspond et nous convient le mieux : tout le monde n’est pas fait pour être entrepreneur, mais en ce qui me concerne, j’espère ne jamais devoir revenir en arrière !

Comment as-tu trouvé tes premiers clients ?
J’y répondais déjà dans cet article sur mon quotidien de décoratrice.

Combien de temps pour se faire connaître et pouvoir en vivre ?
Mon parcours est un peu particulier puisque j’ai commencé mes premiers projets en parallèle de ma dernière année d’études, puis d’un job de salariée à mi-temps. Je n’ai donc jamais été décoratrice à temps plein sans en vivre. C’est plutôt que j’ai quitté mon job quand j’ai compris que je commençais à en vivre. Et ça, ça a pris environ deux ans.

Comment as-tu fait pour faire connaître ton site ? Par quel biais réussis-tu à le développer ?
Il n’y a pas de mystère, c’est du travail. Je soigne ma manière de communiquer (je veille à ne pas faire de fautes, je travaille mes visuels, ma charte graphique, mes photos), je propose du contenu unique (je n’essaye pas de faire comme les autres ni de suivre des tendances, j’écoute plutôt ce qui me plaît, ce qui m’inspire, pour le partager tout simplement), et je pense que ma passion et ma sincérité se ressentent à travers mes mots.

Quel est le meilleur outil pour se faire connaître ?
La règle à savoir, c’est qu’il n’y a pas de règle : ce qui a fonctionné pour moi ne fonctionnera pas pour d’autres, tout comme je n’aurais pas pu appliquer à la lettre la success story d’une autre décoratrice. La clé est d’adapter sa communication à son business, et de bien connaître son public cible.

Comment gérer le début d’activité point de vue confiance en soi ?
Je ne suis certainement pas un exemple pour ça, car je n’ai pas toujours confiance en moi. Par contre, j’ai appris à avoir confiance en mon travail, au fil des projets et des retours de mes clients. Et ça, typiquement, ça se forge au fur et à mesure. Ce n’est d’ailleurs pas plus mal, car au tout départ, quand on se lance, il faut apprendre à reconnaître ses erreurs, à déterminer là où l’on peut encore s’améliorer, ne pas avoir trop confiance en soi, du coup.
Par contre, il ne faut pas non plus se laisser marcher sur les pieds. En gros, il faut connaître la juste valeur de son travail : au départ, reconnaître qu’on n’est encore que débutant, qu’on doit encore apprendre, puis reconnaître tout ce qu’on a déjà acquis et la valeur des services ou produits que l’on propose sur le marché, les qualités qu’on offre, ce qui nous distingue de la concurrence. C’est un juste équilibre, et ce tout au long de notre carrière : je suis convaincue qu’on n’est jamais totalement débutant (on a tous un talent qui diffère de notre voisin, quelque chose d’unique à proposer) ni jamais totalement confirmé (on peut toujours s’améliorer ! Sinon… quel ennui !).

Comment gérer le début d’activité point de vue financier ?
Forcément, au départ on n’est pas vraiment rentable, et c’est normal : on passe du temps à développer des choses de fond : son image, sa communication, ses prestations, ses prix,… On passe aussi plus de temps sur chaque projet car on n’a pas encore développé certains automatismes, certaines compétences. Je pense qu’il est important de valoriser ce temps-là : c’est du développement de business, tout simplement, et c’est essentiel au bon démarrage d’une entreprise. Si on se lance à corps perdu pour trouver un maximum de clients, sans vraiment réfléchir à ces choses de fond, on développe la quantité et non la qualité. Or, selon moi, un business rentable dans le long terme, c‘est un business de qualité.
Je l’ai d’ailleurs expérimenté encore une fois il y a quelques semaines : j’ai fait une semaine « off ». J’ai bloqué une semaine sans rendez-vous clients, sans avancer sur des projets, sans répondre à des devis : une semaine uniquement pour analyser l’année écoulée, mes progrès, mes erreurs, revoir certaines choses, en améliorer d’autres, ré-étudier mes prix pour les adapter à la demande et à ma façon de travailler,… C’est une semaine au cours de laquelle je n’ai pas été rentable, puisque je n’ai pas travaillé sur mes projets et je n’en ai pas démarré de nouveau. Je n’ai émis aucune facture et n’ai envoyé aucun devis en 7 jours. Alors mon mois de février sera peut-être un peu plus light que les autres niveau salaire, mais mon business ne s’en porte que mieux !

Les clients

Comment trouves-tu tes clients ? Est-ce eux qui viennent vers toi d’eux-mêmes, et si oui comment ?
Je n’ai absolument jamais fait de démarchage, de publicité, de distribution de flyers,… ce sont toujours mes clients qui m’ont trouvée et contactée.
Le bouche à oreille a un pouvoir incroyable, c’est ma principale source de clientèle. J’ai également des clients qui m’ont connu via Instagram et mon blog, mais aussi Facebook, Houzz, des interviews dans la presse,…
Le tout est de soigner sa communication (être facilement trouvable) et la qualité de son travail : je concentre toute mon énergie à fournir le meilleur service possible à mes clients et à les satisfaire : le bouche à oreille fait le reste !

Instagram t’apporte-t-il beaucoup de clients ?
C’est une de mes sources de clientèle, oui !

Est-ce difficile de se créer une clientèle ?
Oui et non. Dans mon domaine, les clients sont difficilement fidélisables (je ne peux pas redécorer 15 fois la maison de quelqu’un 🙂 ), et ça fait partie des difficultés. Rien n’est acquis, et c’est un un petit stress permanent.
Mais je suis convaincue que le travail paye : si on ne parvient pas à développer sa clientèle, c’est qu’on peut faire quelque chose différemment, qu’on n’a peut-être pas tout à fait cerné son public cible.

Comment faire quand un client n’est pas satisfait de ton travail ?
Je crois bien que ça ne m’est jamais arrivé. Tout simplement parce que je fais en sorte que ça n’arrive pas.Je prends le temps en amont de vraiment bien cerner mon client pour être sûre que mon travail lui plaira. Je propose aussi toujours la possibilité de retravailler/peaufiner si besoin pour que mon travail soit parfaitement adapté à ses attentes. C’est vraiment un échange, une collaboration entre nous. En résumé,  je ne le laisse pas repartir tant que je ne le sens pas entièrement satisfait de mon travail J (dans la limite du raisonnable, mais ça j’en parle plus bas).
Il faut également apprendre à prendre du recul : ne pas prendre les choses trop personnellement. Surtout dans la déco, c’est parfois tellement subjectif… et au final ce sera chez eux, pas chez moi : c’est donc lui qui a le dernier mot. Je suis là pour lui proposer des solutions, mon objectif est qu’il se sente bien chez lui, pas de lui imposer mes idées.
Par contre, il faut rester objectif par rapport à la demande initiale et avoir une part de confiance en son travail. Tout comme on se remet en question, on peut aussi remettre le client en question : ses arguments sont-ils cohérents avec la demande initiale ? Nous avait-il donné toutes les infos, toutes les données ?

Comment fais-tu face à un client difficile ?
Je ne suis pas convaincue qu’il y ait vraiment des clients difficiles. Il y a ceux qui ne savent pas réellement ce qu’ils veulent, ceux qui ont du mal à prendre une décision, ceux qui ne sont pas très sûrs d’eux, ceux qui ne sont pas d’accord entre eux (par exemple au sein d’un couple),… mais au final il suffit simplement d’adapter sa façon de travailler à leur caractère : on approche le problème d’un autre point de vue, avec une autre technique. Souvent, ce sont les clients eux-mêmes qui se disent difficiles, mais ce n’est pas forcément une difficulté pour le projet, pour mon travail.
Par exemple, un client qui dit qu’il ne sait pas ce qu’il aime, en fait sait très bien ce qu’il n’aime pas : j’aborde alors la situation par ce biais-là, et on procède par élimination. Au final, si on apprend à bien cerner son client en amont, à cibler ses goûts, ses attentes, ses envies, ses craintes, les solutions viennent assez naturellement.
Après, comme dans tout, il y a des exceptions. J’ai déjà eu un client où nous avons fait tellement d’allers-retours, de changements d’avis,… que le projet s’est avéré absolument pas rentable pour moi. Mais c’est resté exceptionnel (j’en compte 1 en 3 ans). Si ces exceptions sont trop récurrentes, vous devez vous poser des questions de fond : vous avez peut-être mal cerné votre public cible, mal défini vos tarifs, proposé des formules de prestation non adaptées, communiqué sur les mauvais canaux,…

As-tu des clients qui ne payent pas ? Si oui comment fais-tu pour résoudre ce problème ?
Je vais vous faire une confession : mon deuxième client ne m’a jamais payé. Il a tout simplement disparu dans la nature suite à la remise de mon travail. C’était la toute première personne à qui je demandais de l’argent en échange de mes conseils déco (car pour mon premier client, j’avais proposé mes services gratuitement : grossière erreur, mais je vous en parle plus bas). Autant vous dire que ce fût un coup dur, financièrement et moralement. Mais grâce à cet épisode j’ai appris de mes erreurs.
Je procède désormais par acomptes, et je fais toujours en sorte d’avoir été payée avant de remettre le travail correspondant. Pour travailler avec moi, c’est la condition. Et je ne connais aucun entrepreneur qui remet son travail avant d’avoir été payé 😉

Comment fais-tu pour dire non à un projet que tu ne sens pas du tout (contact ou goûts du client) ?
La déco est un domaine très personnel, on rentre dans l’intimité des gens, c’est donc essentiel que mes clients soient à l’aise avec moi et inversement. C’est pourquoi je suis entièrement transparente envers la personne que je suis (par email, sur mon site, sur Instagram,…) : mes potentiels clients peuvent facilement savoir si l’on va bien s’entendre ou pas, si l’on est sur la même longueur d’ondes. Je n’ai donc jamais eu de demande où je ne sentais pas du tout la personne.
Par rapport aux goûts, je suis là pour leur partager un savoir rationnel et objectif, surtout pas leur imposer mes goûts à moi, subjectifs. Je leur propose les solutions qui sont adaptées à leur intérieur et à leur profil, et non celles que je choisirais pour chez moi. Par contre, je suis transparente sur mon univers, mes choix esthétiques, et je mets en avant sur mon porfolio les projets qui me ressemblent le plus. On choisit une décoratrice aussi en fonction de son style, de sa touche personnelle. Ainsi, la majorité de mes clients ont des goûts proches des miens : on s’entend très rapidement à ce sujet.

Le quotidien

Comment restes-tu motivée ?
Alors vraiment, je ne m’étais jamais posé la question avant. Je crois que la réponse est simple : la passion, la passion, la passion ! Il y a évidemment des moments moins chouettes, des coups durs, des doutes, mais absolument jamais je n’ai manqué de motivation. Je suis on ne peut plus passionnée par mon métier, et même si c’est énormément d’heures de travail, d’efforts, de sacrifices, de stress : se réveiller le matin impatiente d’aller travailler, recevoir les retours heureux de ses clients, comprendre que notre intervention a amené du positif dans leur quotidien, ne pas voir l’heure passer quand on est au bureau, et avoir le sourire aux lèvres en racontant sa journée au petit mari le soir : c’est comme Mastercard, ça n’a pas de prix !

Comment être sûr de sa qualité ? Comment connaître la valeur de son travail ? Comment être satisfait de son travail ?
Ça prend du temps de mesurer la valeur de son travail, j’ai encore des progrès à faire à ce niveau-là mais il faut se conforter dans les retours positifs que l’on reçoit, et surtout ne pas trop se comparer aux autres (car on ne voit que ce qu’ils montrent, et on montre rarement ses faiblesses). C’est un combat de tous les jours, et puis il y a des jours sans ! Mais l’important est de garder cette envie de toujours faire mieux comme moteur pour s’améliorer et non comme frein pour avancer.

Comment t’organises-tu avec tes dossiers clients ?
Pour chaque client, j’ai un dossier papier (j’y range les notes, croquis, plans,… que j’emmène en rendez-vous/sur chantier), un dossier numérique (avec tout ce qui est contrat, 3D, photos,…) et un dossier sur mon navigateur (dans lequel je classe les liens nécessaires, tableaux Pinterest, repérages shopping,…).

Arrives-tu à en vivre, à te verser un salaire chaque mois ?
Oui, c’est mon job à temps plein. Mon salaire est évidemment différent d’un mois à l’autre, aucun mois ne se ressemble et il y a des périodes creuses et des périodes très chargées. J’ai aussi quelques revenus via le blog et le livre, mais je vis principalement de mes activités de décoratrice.

Arrives-tu à avoir un salaire correct entre les charges, les impôts,… ?
J’ai un système assez simple : pour absolument toutes les factures que j’émets, je mets 60% de côté. Ces 60% couvrent la TVA (21% de chaque facture, que je reverse à l’État chaque trimestre), les cotisations sociales (environ 20%, un forfait que je reverse tous les trimestres également), et les impôts (payés annuellement). Comme ces charges ne sont pas mensuelles, ça me permet d’y voir plus clair dans mes revenus nets et de ne pas avoir de mauvaise surprise tous les 3 mois.
Je fixe donc mes objectifs en fonction de ce salaire net (40%), et non du brut (montant que je facture).

Comment gères-tu la partie administrative (compta, factures, devis,…) ?
C’est assez chronophage, il faut bien en prendre compte dans ses plages horaires. Je dirais que sur une semaine, il y a environ 15% de mon temps consacré à l’administratif. Je ne me fixe pas de jour ou de créneau particulier pour traiter ça, je le fais au fur et à mesure, et j’essaye d’automatiser un maximum de choses pour me simplifier la tâche et gagner du temps.

Utilises-tu une plateforme en ligne ou un logiciel spécifique pour l’administratif ?
Il faut savoir que j’aime beaucoup l’organisation, alors je me suis créé un tableau de bord, un gros fichier Excel assez complexe pour gérer tout ça. J’ai aussi un comptable qui s’occupe de mes déclarations TVA et de mes impôts.

Quels programmes utilises-tu ?
Photoshop, Excel et Sketchup sont ouverts absolument tous les jours sur mon ordinateur !

Comment assumer son métier face aux clients, aux intervenants (sentiment d’imposteur) ?
Ah, ce fameux syndrome de l’imposteur ! Comme tout chef d’entreprise, je l’ai, bien évidemment. Il s’estompe suite aux retours positifs, et se regonfle dans les moments de doute. Je pense qu’il ne disparaît jamais totalement. Et au final c’est peut-être lui qui nous pousse à se surpasser, à se développer, à chercher à s’améliorer.
C’est sûr qu’au tout début on se sent peu crédible de se faire payer pour quelque chose qu’on n’a encore jamais réellement fait pour un client auparavant. Mais notre tarif doit du coup représenter cette inexpérience : on apprend encore, et il n’y a pas de honte à ça. Au fil des expériences et des années, nos prestations doivent refléter notre expérience, notre valeur sur le marché (je ne propose pas les mêmes services ni les mêmes tarifs aujourd’hui que quand je me suis lancée, ni que dans 5 ans). Je m’adapte à ma clientèle, à la demande, à ce que j’aime faire, à ce que j’ai envie de proposer. En respectant ça je pense qu’il n’y a aucune raison de ne pas assumer son métier… !
Autant il faut être transparent quant à son niveau d’expérience, autant il faut inspirer la confiance dès le premier contact. Si l’on renvoie l’image d’un entrepreneur hésitant, pas sûr de lui, c’est certain qu’un client n’aura pas envie de nous confier un projet, et qu’un partenaire n’aura pas envie de s’associer à nous (j’en parle plus bas avec le fake it until you make it).

Ton jeune âge te gêne-t-il parfois ?
Pas du tout, je vois ça comme un atout, une fraîcheur, une source de créativité et de curiosité. Mais j’ai tout de même déjà 31 ans, j’ai exercé un autre métier avant, et devenir entrepreneur m’a fait mûrir plus rapidement.

Démarches-tu des pros ?
Démarcher, non. Je les contacte pour leur demander des devis, des échantillons, des prestations en fonction de mes projets clients. Et au fil des contacts nous développons une relation de confiance.

Comment abordes-tu tes projets ? Je ne peux pas vous donner une « marche à suivre », chaque projet et chaque client est différent. J’ai aussi mes petites méthodes et techniques pour avancer selon les étapes et proposer des contenus cohérents aux attentes de mes clients, mais je garde ça pour eux 😉

Comment arrives-tu à tenir un rythme ?
Au départ j’essayais de me fixer un rythme, des horaires, et résultat : je culpabilisais quand je travaillais le week-end et quand je manquais de motivation en plein jeudi après-midi.
Aujourd’hui, j’ai appris à profiter du luxe que c’est d’être son propre patron. Si je me sens efficace et inspirée un dimanche matin : je travaille. Si j’ai envie de bricoler un lundi matin : je file chez Brico. Parce que je sais que quoiqu’il arrive, je suis passionnée par ce que je fais, et je finirai pas travailler bien plus d’heures qu’il ne le faut en une semaine. C’est plutôt pour arrêter de travailler que je m’impose parfois un rythme : heureusement que je vis avec un petit mari salarié, il m’aide à garder un rythme décent.

Comment gères-tu la répartition recherche de nouveaux clients VS. réalisation de projets ?
Comme je le disais plus haut, je ne fais pas de démarchage de clients. Et quelles que soient les autres tâches, je laisse toujours la priorité à la réalisation de mes projets.

Comment éviter les pièges quand on se lance ?
Vous ne les éviterez pas. Forcément un jour une mauvaise expérience croisera votre chemin. Mais pas de panique, on s’en relève et au final c’est ça qui nous forge et nous pousse à s’améliorer. C’est parfois (très) dur à voir, mais il y a du bon à tirer de chaque situation.

Y-a-t-il quelque chose auquel on est mal préparé ?
D’après mon expérience, je verrais deux choses :

  • Une chose positive : le relationnel client. Il y a un monde entre la théorie et la pratique. Rien d’autre que l’expérience ne pourra vous l’apprendre, et c’est plus naturel chez certains que chez d’autres. En étudiant la publicité, j’ai appris à communiquer, à présenter mes idées, donc c’est une facette du métier que j’aime beaucoup, et je suis toujours surprise de voir les liens que l’on peut tisser entre client et prestataire, parfois jusqu’à l’amitié sincère.
  • Une chose négative : le monde impitoyable 🙂 Blague à part, il faut se protéger. Dans tous les milieux il y aura des personnes peu scrupuleuses (concurrents, partenaires, fournisseurs, comptables, clients,…), j’ai entendu tellement d’histoires et ai moi-même eu droit à mon lot de mauvaises rencontres. L’avantage c’est que ça forge le caractère et qu’on en ressort plus fort. L’inconvénient c’est que ça peut sacrément ébranler sa confiance et son estime de soi, et que bien souvent il y a un enjeu financier. Alors protégez-vous, soyez plutôt trop prudent que trop confiant.

Les conseils que tu aurais aimé que l’on te donne quand tu t’es lancée ?
Je retiens 5 conseils qui m’ont aidés, que l’on m’a donné ou que j’ai appris :

  • Fake it until you make it : un conseil qu’on m’avait donné bien avant que je me lance, et qui a toujours résonné dans un coin de ma tête. Il n’est évidemment pas à appliquer tout au long de sa carrière, mais ça peut nous aider à gagner de l’assurance au début. Le but est de montrer autant d’aisance que le pro que l’on souhaite devenir. Attention, on ne ment pas sur ses compétences ! Il s’agit d’adopter une pensée positive, ne pas se poser trop de questions, ne pas écouter ses craintes, se lancer, oser, foncer.
  • Ne pas accepter de projet qui ne nous ressemble pas : un conseil qu’un prof m’avait donné pendant ma formation. Sur le coup, ça me semblait bien idéaliste, de se dire qu’on pouvait refuser un projet au tout début sous prétexte que le style de notre client est différent du nôtre. Avec l’expérience que j’ai à présent, ça me semble résolument indispensable, et ce surtout (surtout !) au début. Si vous acceptez des projets qui ne vous ressemblent pas, vous risquez d’en attirer d’autres dans ce style-là (par le bouche à oreille mais aussi par votre porfolio qui reflètera ce travail). Autant se faire un peu violence au début, refuser 2-3 projets, et s’éclater dans ses projets par après.
  • Ne jamais travailler gratuitement : quand mon tout premier client m’a contacté, je me sentais tellement peu crédible (j’étais encore en formation) que j’ai proposé de travailler gratuitement. À la fin du projet, il a tenu à me verser une somme pour me remercier. Et c’est moi qui ne le remercierai jamais assez, car ça m’a appris la valeur de mon travail. Bon, j’ai réitéré l’erreur un peu plus tard hein, j’ai fait quelques projets gratuits pour des copains au début, et même si ça s’est très bien passé je pense avec le recul que c’était une erreur, en tout cas ce n’était pas un service à me rendre. Tout travail mérite salaire. Même quand on est débutant, qu’on n’a aucune expérience, on a quelque chose à offrir : du temps, de l’énergie, de la créativité, une sensibilité. Et ça, ça a de la valeur. Aussi parce que recevoir une rémunération vous booste à donner le meilleur de vous-même. On a envie de montrer à notre client que son investissement en vaut la peine.
  • Bien s’entourer : être entrepreneur ça peut devenir assez solitaire : on est seul dans son bureau, seul dans son business, seul face aux clients,… Il est essentiel de s’entourer de personnes positives, de bon conseil et en qui vous avez confiance. De mon côté, j’ai un super petit mari avec qui on discute énormément de mon business (c’est un peu son bébé à lui aussi ! Il est à la source de pas mal d’idées de développement, et c’est également mon support technique et informatique au moindre bug). J’ai également un comptable en qui j’ai entièrement confiance, disponible et avec qui le contact est facile et agréable. Sans oublier les copines entrepreneures, avec qui on partage nos conseils et nos déboires, on papote facturation et on rigole TVA.
  • Être unique : et ça, c’est LE conseil à retenir de tout ce blabla. Ne copiez pas, inventez votre propre style. N’imitez pas, créez vos propres méthodes. Ne reproduisez pas ce que vous voyez, cherchez à faire mieux. Ne plagiez pas, valez mieux que ça. Il y a de la place pour tout le monde, peu importe le domaine de votre activité, car chacun a sa sensibilité et sa façon de voir le monde. Quand on fait avec le cœur, on fait forcément bien !

signature Noémie blog Pierre Papier Ciseaux déco DIY

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6 Commentaires

  • Sand
    17 février 2019 22 h 13 min

    Bonjour
    Tout d abord, j adore ce que vous faites.
    Je suis actuellement à me lancer pour créer mon entreprise en tant que decoratrice d intérieur.
    Je vous remercie de partager votre expérience, je me reconnais dans la description que vous faites du métier.cela m aide beaucoup et surtout ce manque de confiance.
    J ai suivie une formation de 9 mois afin d être plus crédible et j espérai prendre de l assurance mais ce n est pas le cas.
    On se pose toujours plein de questions mais bon ,je me prend pas la tête, je me lance …
    Voilà, j avais besoin de partager ma première expérience.
    Continue, vivre de sa passion c est vraiment génial.

    • Noémie Meijer
      18 février 2019 10 h 05 min

      Merci pour votre retour, courage à vous pour le lancement !

    • Christelle
      20 février 2019 16 h 45 min

      Chère Noémie,
      Super article et merci beaucoup pour toutes ces précieuses informations.
      Pour ma part, je souhaite me reconvertir et je suis au tout début du processus.
      Je fais des MOOC et je suis aussi une formation en ligne. J’aimerai reprendre les cours pour avoir un diplôme et me sentir plus légitime mais je pense que l’expérience pure va s’acquérir avec les projets des clients. Et j’ai hâte.
      Tout ceci pour te dire que ton blog ainsi que ton compte Instagram m’ont conforté dans mon choix de changement et me donnent pas mal de motivation. Donc merci encore 🙂
      Je te souhaite une belle continuation !
      Christelle

      • Noémie Meijer
        24 février 2019 18 h 47 min

        Ravie de lire ça, bon courage à toi pour les débuts 🙂

  • IDMANDARINE
    19 février 2019 21 h 58 min

    Merci d’être aussi sincère!
    J’ai eu mon entreprise pendant 3 ans mais la peur de l’inconnu a pris le dessus sur la passion. Aucun regret sur cette expérience qui m’a permis avant tout de me connaitre sur le bout des doigts.
    Ravie de te suivre et je reste fidèlement abonnée!

    • Noémie Meijer
      24 février 2019 18 h 49 min

      En effet on apprend toujours quelque chose, même des expériences qui se terminent ! Bravo à toi pour ces 3 années.

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